A 15 heures cet après-midi j’ai perdu un oncle qui m’était particulièrement cher et je pleure. Dans le temps on le surnommait Radizina. Dadatoa Edmond a toujours fait partie de ma vie depuis ma petite enfance. Les parents disent qu’il avait l’habitude de me porter sur ses genoux et de s’amuser avec moi quand j’étais bébé a Isotry: la plupart de mes photos de cette époque sont de lui.
Je me rappelle d’une famille très sympathique et bien bruyante qui habitait au 13 Bd Arago quand on est venu a Paris en 1965, et 2 images très fortes sont restées de cette époque : Eddie regardant la télé au dîner et remplissant son oreille gauche avec le contenu de sa cuillère ; ensuite une belle petite fille joufflue et a tresses (Michelle) sautant a la corde devant le 13 Bd Arago…
Je me rappelle bien aussi d’avoir fait une grosse bêtise lorsqu’il est rentré avec toute la famille en 1966 : nous sommes allés ensemble pour un pique-nique au bord de l’eau et l’oncle est venu avec un bel appareil photo tout neuf que j’ai pris dans mes mains et laissé maladroitement tomber dans l’eau… Jusqu'à maintenant je suis vraiment désolé de cet incident tellement il était fâché ce jour la! Ensuite vint le temps de l’adolescence ou nous allions avec Narihoela passer nos vacances a Majunga : on habitait chez lui mais on ne le voyait qu’en coup de vent car il était tout le temps en train de voir des malades, que ce soit a Mangarivotra, Ampasika ou sur la Corniche. On se sentait toujours à l’aise lors de ces séjours et j’admirais ce grand monsieur aux épais sourcils qui n’arrêtait pas de parler médecine ou de lire des magazines médicaux. Le dispensaire anti-tuberculeux de Majunga, le cabinet du ministre de la santé, puis l’OSIEM ont bénéficie de ses services pendant des décennies : tout le monde connaît le Dr. Raharison a Majunga. Combien de fois Dada et Mama ont décroché le téléphone pour requérir à ses soins et conseils ?
Je lui dois beaucoup car c’est lui qui m’a recommande au directeur de l’hôpital international de l’université de Paris ou j’ai fait mon stage interné plus deux années de pratique avant de rentrer a Madagascar. Chaque fois qu’une occasion me permettait d’aller à Majunga il m’était particulièrement agréable de venir le voir et l’écouter parler de sa pratique quotidienne bien après que j’aie décidé de me consacrer plutôt à la santé publique.
Il avait une forte personnalité et aimait vous prendre au dépourvu, comme cela m’est arrivé la dernière fois qu’on s’est rencontré il y a 3 semaines. Je suis allé le visiter le 2 novembre après avoir eu la nouvelle qu’il n’allait pas bien et ne s’était pas joint la veille au reste de la famille pour les visites de tombeaux familiaux. Nous avons parlé avec nenitoa Jeanne de cette histoire scandaleuse d’une soi-disant ONG qui avait voulu emmener clandestinement 103 enfants hors du Tchad : nous avons eu une discussion enflammée car il soutenait que c’était la faute de tout le monde de les avoir laisse récolter ces 103 enfants avant de réagir… je garderai pour toujours cette dernière image de Dadatoa me suivant des yeux, debout a sa fenêtre, alors que je quitte le parking d’Ankadivato avec la vieille 505. Il y a eu un seul Dr. Raharison Edmond et on le regrettera longtemps!
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